Conversations

ARNAUD PELLEGRIN

D'or et de diamant

DEPUIS 1840, LA MAISON PELLEGRIN FAÇONNE EN FAMILLE UNE JOAILLERIE D’EXCEPTION ANCRÉE DANS LE TERRITOIRE PROVENÇAL. UNE HISTOIRE QUI S’EST FORGÉE AVEC PÉRENNITÉ ET LOYAUTÉ, DANS LE SOUCI DE LA TRANSMISSION, DU LIEN ET DU GESTE BIEN FAIT : AUTANT DE VALEURS PARTAGÉES AVEC LE CERCLE DES NAGEURS DONT ELLE EST L’UN DES PARTENAIRES HISTORIQUES.
PAR EMMANUELLE ODDO
Photo Antonin Grenier

Arnaud Pellegrin, en 2012, vous avez pris la direction de la maison Pellegrin à la suite de votre père, Jean-François. Pellegrin, c’est l’histoire de 5 générations de joailliers implantés sur le territoire provençal : comment résumer en quelques mots l’identité de la Maison aujourd’hui?

L'identité de Pellegrin est d'abord familiale : elle traverse le temps depuis 1840, les cinq générations se sont succédées en filiation directe, de père en fils. Aujourd'hui encore, je travaille avec mon père et l'une de mes soeurs, Sophie : un support familiale qui fait que l'on trouve toujours l'énergie pour avancer. C'est aussi, bien sûr, une entreprise avec un fort ancrage provençal, qui a ses racines à Marseille où se trouvent encore la maison mère et l'atelier de fabrication historique. On en vient au troisième pilier de la Maison : le savoir-faire, l'attention portée à la fabrication et au produit, qui garantit la pérennité de notre offre. Finalement, ce qui définit Pellegrin, je crois que c'est à la fois la transmission, le geste, le sens du lien et sa sincérité. 

Vous avez étudié le design de la joaillerie à New-York avant de vous former dans différentes maisons. Pour vous, était-il évident de poursuivre l'histoire familiale ?

Enfant, j’ai toujours eu de l’admiration pour mon père et mon grand-père : je voyais à travers leur histoire une réelle aventure et pas seulement une entreprise. J’avais une fascination pour l’univers de la Maison, particulièrement les pierres, leurs nuances, leur énergie, leur singularité. Alors oui, écrire la suite était pour moi une évidence mais je ne voulais pas arriver les mains vides. Je suis donc parti étudier à New-York et à Londres, où j’ai acquis une expertise poussée des diamants, rare dans la joaillerie, qui m’a permis d’apporter un atout supplémentaire à la Maison Pellegrin.

L’atelier, en plein cœur de Marseille jouxte la boutique-mère, un second, ouvert au public, a également été inauguré cette année à Aix-en- Provence : cette proximité rend compte de la place accordée à l’artisanat chez Pellegrin. Pourriez- vous nous en dire plus sur les savoir-faire constitutifs de votre Maison ?

Durant mon tour d’horizon du métier, je me suis forgé une passion folle pour les ateliers, l’artisanat, le dessin. La fabrication et la création étaient déjà au cœur de la Maison : nous avions l’atelier de Marseille qui nous permettait de travailler en proximité directe avec la matière, les pierres et les clients. Cette organisation, à laquelle on tient depuis longtemps, j’ai simplement décidé d’en parler davantage aujourd’hui. Nous avons donc créé un second atelier à Aix-en-Provence, effectivement visible depuis la boutique. Il nous permet lui aussi de garder une vraie cohérence entre ce que l’on imagine, ce que l’on fabrique et ce que l’on propose.

Pour beaucoup de Marseillais et Marseillaises, le bijou Pellegrin est une référence pour marquer des moments de vie. Quels sont les symboles incontournables de votre Maison ?

Il y a des pièces associées aux moments de vie marquants – les alliances, les naissances, les anniversaires – qui traversent les familles et se transmettent. Mais au fond, plus que les modèles eux-mêmes, ce qui nous touche, ce sont les histoires qui les accompagnent. Prenons le collier marseillais, emblématique de la culture provençale : la tradition à l’époque était d’offrir aux filles une boule en or à leur naissance, et d’en ajouter une à chaque anniversaire afin qu’à leur majorité, elles aient un collier entier, qui constitue par la même occasion un pécule. Aujourd’hui, cette pièce est devenue davantage un symbole de reconnaissance pour les Marseillaises, qui vivent parfois loin de chez elles : nous avons d’ailleurs beaucoup de ventes par internet pour ce modèle.

En parlant de symboles, on pense aussi aux médailles de Notre-Dame de la Garde que vous offrez aux nageurs du CNM. Comment avez- vous imaginé ces médailles ? Quel message s’agit-il de faire passer ?

La médaille de Notre-Dame de la Garde est une pièce très particulière pour nous. Elle a été, à l’origine, imaginée par ma mère pour soutenir la restauration de la basilique : une manière de s’engager dans un projet fort, collectif, profondément marseillais. Puis elle a pris une nouvelle dimension quand mon père a décidé de l’offrir aux joueurs de l’OM en signe de reconnaissance et de respect. Quand j’ai repris la Maison, j’ai eu envie de poursuivre cette tradition en l’offrant aux athlètes du CNM avant une compétition, parce qu’ils incarnent, eux aussi l’engagement, le dépassement de soi, la fidélité à un club, à une ville, à une histoire. Offrir cette médaille, c’est une manière de dire merci, bravo, et bonne chance. Et pour nous, c’est une grande fierté que ce bijou-là, né d’une volonté de transmission et de protection, soit aujourd’hui porté par des sportifs qui représentent Marseille dans ce qu’elle a de plus beau.

Vous êtes membre et partenaire de longue date du Cercle. Quelles valeurs partagez-vous ?

Il y a une valeur très forte que l’on a en commun : le dépassement de soi. Que ce soit dans le sport, l’artisanat ou l’entrepreneuriat, ce qui nous pousse, c’est l’envie d’aller plus loin. D’apprendre encore. De sortir de sa zone de confort. De ne jamais s’endormir sur ce qui a déjà été accompli. Chez Pellegrin, c’est une démarche qu’on applique au quotidien. On est attachés à notre histoire et notre métier, mais on sait aussi qu’il faut parfois bousculer ses habitudes pour rester juste. C’est tout le sens du rebranding qu’on a engagé récemment : non pas pour suivre une tendance ni changer ce que nous sommes, mais pour exprimer autrement ce que nous faisons, ce que nous portons et la façon dont nous voulons le transmettre. Plus personnellement, je nage au Cercle avec un coach, pour le plaisir d’apprendre, pour me sentir mieux, physiquement et mentalement, pour rester en mouvement. Et ma sœur Marie, elle, est cavalière de haut niveau. Elle pratique un sport où la performance dépend autant de la technique que de l’écoute, du respect de l’animal, du rapport à l’instant. Ça forge une certaine idée de l’équité, de la rigueur, de l’engagement et de la fidélité : c’est tout ça aussi que je retrouve au Cercle.

Vous êtes très impliqué dans la vie du club. Y-a-t-il une tradition ou un événement annuel que vous attendez chaque année avec impatience ?

Je suis très touché par la Cérémonie des Cinquantenaires, qui remercie les membres lors de leur cinquantième année d’adhésion, par la remise d’une broche en or 18 carat réalisée par nos soins et arborant le sigle de la mouette, symbole du CNM. Un évènement confidentiel et sincère, qui souligne là encore les valeurs de la famille, de la loyauté et de la pérennité qui me sont chères.

Photo © Pellegrin & Fils