LA NOUVELLE STAR
Bertille Cousson
PAR VIRGINIE D’HUMIÈRES
Tu viens tout juste de rejoindre le Cercle des Nageurs après sept années passées à Béthune. Qu’est-ce qui a motivé ton choix ?
J’étais arrivée à un moment de ma carrière où je devais prendre la décision de penser avant tout à moi et à ce que j’étais capable d’accomplir. Béthune faisait ce qu’il pouvait avec ses moyens et ses infrastructures, mais, contrairement à d’autres clubs en France, nous n’avions pas les meilleures conditions pour nous entraîner. Nous devions partager le bassin avec les écoles le matin et avec le public le soir. Je suis restée parce que c’était vraiment mon club de cœur. J’avais un lien fort avec toute l’équipe, du président au trésorier, en passant par mes coéquipiers. Mais pour continuer à progresser et atteindre le niveau que je souhaitais, il fallait que je parte. J’ai choisi le Cercle car je connaissais déjà Franck Esposito et Romain Barnier. J’avais tenté l’expérience avec Franck à Antibes il y a huit ans et j’avais envie de revivre cette aventure. Romain, quant à lui, suivait mes performances depuis un moment. Nous avions échangé par téléphone à l’occasion des Championnats de France 2025 et il avait su trouver les mots justes pour me remotiver avant la finale du 200 m dos.
Quels avantages identifies-tu à t’entraîner au Cercle ?
Tout est pensé pour la performance. Côté préparation physique, l’organisation est excellente et les équipements sont nombreux et de qualité. Je vais pouvoir progresser en mobilité et devenir plus forte et plus athlétique. Ça va me permettre d’améliorer toutes les parties non nagées - les départs plongés, les virages - qui sont jusqu’ici mes points faibles. C’est d’ailleurs l’une des spécialités du Cercle et c’est une des raisons qui m’a poussée à rejoindre le club : je veux m’améliorer à ce niveau. L’encadrement est également irréprochable. Ici on est aussi très bien suivis avec un super staff de médecins, de kinés ou d’ostéo. On est immédiatement pris en charge, sans avoir besoin de se déplacer. En fait, tout est conçu pour simplifier la vie des nageurs et nous permettre de nous concentrer uniquement sur nos performances. Et puis, l’ambiance y est très familiale : je sais qu’en cas de difficulté, je trouverai toujours du soutien.
Comment s’est passée ton intégration ?
J’ai été très bien accueillie par les garçons du groupe Elite. L’intégration a été fluide, surtout que je connaissais déjà Clément Secchi et Jules André. Avec Franck Esposito, la communication est simple et directe. Nous savons tous les deux où nous voulons aller, quelles sont mes forces, mais aussi ce que je dois corriger et améliorer dans ma nage. Cette clarté rend le travail beaucoup plus efficace et motivant.
Tu connaissais déjà le club et la ville ?
Oui, je connaissais le Cercle et ses infrastructures. Quant à Marseille, j’y ai de la famille : ma grand-mère, ma tante et mon père y sont installés depuis plusieurs années et j’y venais déjà tous les étés depuis 4 ans. J’aime beaucoup cette ville : ses quartiers variés, ses accès à la mer, ses couchers de soleil magnifiques et bien sûr le mythique Vélodrome. En tant que supportrice de l’OM, vivre ici est un petit rêve devenu réalité.
Tu as souvent dit qu’au départ la natation n’était pas une évidence, notamment parce que tu n’aimais pas te mettre en maillot. Pourquoi avoir continué malgré tout ?
Au début, c’était surtout pour faire plaisir à mon père. Avec mes deux sœurs, nous avons un parcours familial particulier : notre mère est décédée lorsque nous étions très jeunes et c’est notre père qui nous a élevées. Grand fan de sport, il tenait à ce que nous pratiquions toutes une activité sportive. Moi, tous les jours, je voulais lui dire que j’avais envie d’arrêter, mais je n’en ai jamais eu le courage. Je ne voulais pas lui faire de peine. J’ai commencé à aimer ça au collège, en section sportive à Compiègne. Mon corps avait changé, j’étais plus à l’aise en maillot et surtout j’ai commencé à gagner des compétitions. Finalement du plaisir de gagner est venu le plaisir de nager.
Qu’est-ce qui te plaisait dans le fait de gagner ?
La première chose, c’était de voir la fierté dans les yeux de mon père. Ensuite, cela m’a permis de prendre confiance en moi. Quand on est enfant, il n’est pas toujours agréable de s’entraîner dur tous les jours. Mais lorsque l’on commence à voir les résultats, à comprendre la finalité de tous ces efforts, cela devient beaucoup plus motivant. Chaque victoire est comme une récompense qui justifie tous les sacrifices et les entraînements intenses. On ne le comprend qu’en gagnant en maturité.
Si tu devais donner un conseil à des jeunes filles qui auraient les mêmes complexes que toi, lequel serait-il ?
Aujourd’hui, je crois que les mentalités ont évolué. En tant que filles nous sommes plus libres de nos mouvements, de nos choix vestimentaires... Mais si je devais m’adresser à une jeune fille qui manque de confiance en elle, je lui dirais : “Prends confiance. Tu es belle. On l’est toutes, que l’on soit petite ou grande, mince ou pas. Nos complexes ne doivent jamais nous freiner.”
Tu es la seule fille de l’équipe Elite. Qu’est-ce que cela t’évoque?
J’en suis fière ! Et je vois cela comme un défi : j’espère inciter d’autres filles à revenir au Cercle car cela fait quelques années que les garçons sont majoritaires dans le groupe Élite. Si je peux servir d’exemple à d’autres jeunes femmes, cela me donne un supplément de motivation. Mais être la seule fille au quotidien a aussi ses avantages... On me bichonne !
À côté de ta carrière sportive, tu poursuis tes études. Comment parviens-tu à concilier ce double projet ?
Je suis en licence de physique-chimie, à l’Université Aix-Marseille, en distanciel. Mon rêve, étant plus jeune, était de devenir enseignante de physique-chimie dans le secondaire. J’ai toujours aimé les sciences et les maths ! Le système en distanciel me permet de suivre mes cours tout en m’entraînant dur. J’aime bien ces moments où j’étudie. Ils sont pour moi une véritable parenthèse dans mes journées dédiées à la natation.
Le Cercle a une longue histoire. Quelle trace espères-tu y laisser ?
Quand j’étais petite, je passais mes étés à La Ciotat chez ma tante et j’allais souvent voir des compétitions de natation. Depuis les gradins, je demandais des autographes à ceux que j’appelais la “Dream Team” : Fabien Gilot, Laure Manaudou, Frédérick Bousquet... Tous sont passés par le Cercle des Nageurs de Marseille. Aujourd’hui, je nage dans le même bassin que ceux que je vénérais enfant. C’est quand même fou! Ça me rend fière et ça me donne envie de me dépasser. Peut-être en battant certains records du club ?
















