NAGER POUR LA FRANCE
Michel Arkhangelsky
PAR EMMANUELLE ODDO
Tu as récemment rejoint le Cercle des Nageurs de Marseille après avoir nagé de longues années à Nice. Qu’est-ce qui t’a motivé à faire ce choix ?
J’ai passé 13 ans à Nice, que j’ai quitté pour le club d’Antibes et finalement le CNM qui me correspondait le plus. Je me suis retrouvé dans l’aspect très professionnel du club. L’accompagnement humain et les infrastructures sont inégalables : les entraîneurs sont très qualifiés, on a accès à tout un staff de kinésiologues, ostéopathes, médecins du sport, on bénéficie d’un accompagnement matériel et financier qu’on ne trouve pas ailleurs.
Comment s’est passée ton intégration au CNM ? Qu’est-ce qui t’a le plus marqué en arrivant dans ce club emblématique ?
Je ne peux presque pas parler d’« intégration », les choses se sont faites tellement naturellement, d’autant plus que je connaissais déjà une bonne partie de l’équipe, régulièrement croisée lors de compétitions précédentes. En revanche, il y a vraiment des atouts dont j’ai découvert le poids une fois sur place, comme l’accès direct à la mer, les bains chauds, froids ou le sauna pour la récupération, ou encore cette vue qui n’a pas de prix au moment du déjeuner. J’ai aussi été marqué par le professionnalisme et la transparence du club, que je trouve très carré.
Tu vas désormais t’entraîner sous la direction de Franck Esposito et Romain Barnier. Comment allez-vous travailler ensemble ?
On a une très bonne entente depuis le début : quand j’ai eu Romain Barnier au téléphone la première fois, j’ai tout de suite compris qu’on parlait la même langue. L’énergie du groupe, du club et la mienne sont assez similaires. Il y a une confiance et un investissement mutuel, tout est très fluide.
Tu vis et étudie aux Etats-Unis la moitié de l’année. Qu’es-tu allé chercher là-bas?
J’ai choisi d’aller aux Etats-Unis car ici je peux étudier et nager en même temps. Je voulais aussi pratiquer des compétitions au niveau international pour me confronter aux meilleurs nageurs du monde, ce qui ne m’est pas possible en France, faute de nationalité.
Je suis donc ici six mois par an, puis entre avril et septembre je m’entraîne au CNM et nage pour le club.
Quels sont tes objectifs à court et moyen terme, aussi bien au niveau national qu’international?
Au niveau français, je vise le titre aux Championnats de France, et bien sûr l’olympique au niveau international. Surtout en papillon et peut-être en dos.
Tu es arrivé en France à l’âge de 4 ans avec tes parents, opposants à Vladimir Poutine. Tu rêvais de nager sous les couleurs françaises pour les JO de Paris : qu’est-ce que cela représentait pour toi ?
Nager à l’international pour la France, ce serait une fierté pour moi, un sentiment de rendre la pareille. Et d’un autre côté, ça me semble simplement évident : c’est chez moi, j’ai grandi ici, c’est ma culture, ma façon de vivre, c’est juste normal en fait...
Ta demande de naturalisation a été refusée, malgré ton parcours et ton investissement. Comment as-tu vécu cette décision ?
Ça a été une énorme déception. J’ai même cru, au moment où on me l’a annoncé, qu’on me faisait une blague. Mais non, ma demande a bel et bien été refusée faute « d’intégration financière suffisante ». J’ai déposé mon dossier le lendemain de mes 18 ans, j’étais encore en terminale : évidemment que je n’étais pas encore inséré professionnellement, j’étais seulement en train de passer mon bac...
Mais mon engagement sportif était là. Je ne m’attendais pas à une telle issue. Mais je ne laisse rien tomber : on a redéposé un dossier avec l’aide du Cercle des Nageurs de Marseille, je suis épaulé dans cette démarche.
Qu’est-ce que tu aimerais dire aux décideurs politiques qui ont estimé que tu n’étais pas «suffisamment inséré professionnellement» ?
J’aimerais leur dire que leur décision est injuste car elle ne prend pas en compte le fait que j’ai demandé ma naturalisation pour des raisons sportives, et non pour bénéficier d’avantages particuliers liés au fait d’avoir la nationalité française.
Malgré ce revers, tu continues à t’entraîner dur. Qu’est-ce qui te pousse à garder le cap aujourd’hui ?
Je n’ai jamais considéré ce refus comme un échec car la situation ne dépendait pas de moi, j’ai fait tout ce que j’étais en capacité de faire. Et puis, ça n’arrête rien de mon côté : j’avais déjà fait le choix de partir aux Etats-Unis pour continuer à étudier en plus de la natation. Je vais tirer un maximum de mes trois années là-bas, et me donner à fond aux compétitions.
Tu nages depuis l’âge de 5 ans. Quel est le prochain grand challenge qui t’attend ?
J’aurais bien aimé dire que ce sont les championnats d’Europe en 2026, mais cela dépendra de l’issue de ma nouvelle demande de naturalisation. Et nous n’avons pour le moment aucune information sur le délai de réponse. Tout reste entre les mains de la bureaucratie française maintenant...
















