Sport Santé
Vincent Boutboul
PAR EMMANUELLE ODDO
VOUS AVEZ DÉBUTÉ VOTRE CARRIÈRE COMME SPORTIF DE HAUT NIVEAU. QU’EST-CE QUI, DANS CE PARCOURS, VOUS A AMENÉ À VOUS TOURNER VERS LA PRÉPARATION MENTALE ?
Très jeune, on me prédisait une carrière dans le football. J’avais du talent mais je n’en ai pas fait grand-chose. Pourquoi ? Parce que la force mentale m’a manquée. À 20 ans, j’ai changé de voie pour me tourner vers la publicité. À 25 ans, je dirigeais un service au sein du groupe Lagardère. C’est en pratiquant le management pendant plus de 20 ans que j’ai découvert les différentes techniques de coaching. Car manager c’est tirer la quintessence de son équipe en l’analysant : autrement dit, le principe même de la systémie.
JUSTEMENT, QU’EST-CE QUE LA SYSTÉMIE ? QUELLES SONT LES SPÉCIFICITÉS DE CETTE MÉTHODE DE COACHING ?
La systémie, c’est l’analyse des interactions plutôt que des individus isolés. On ne cherche pas qui a tort ou raison, mais comment les éléments d’un système – une équipe, une famille, une organisation – s’influencent mutuellement. L’approche est orientée solution : on explore les dynamiques, on fluidifie les blocages, on ouvre de nouvelles options par le questionnement et la prise de recul. En un mot : la systémie transforme la complexité en levier de changement.
COMMENT TRAVAILLEZ-VOUS CONCRÈTEMENT AVEC LES SPORTIFS POUR LES ACCOMPAGNER AU MIEUX DANS LEUR CARRIÈRE ?
On travaille sur une cinquantaine d’habilités mentales, telles que la gestion des émotions, la gestion du stress, la confiance, l’estime... L’objectif est de comprendre l’unicité du profil de chaque personne, pour l’amener à l’atteinte de son objectif en maintenant un savant équilibre entre performance et bien-être. Comme le physique, le mental s’entraîne.
VOUS COACHEZ DES SPORTIFS DE HAUT NIVEAU : QU’EST-CE QU’UN MENTAL DE CHAMPION ?
C’est un mix d’engagement, de dépassement de soi et de résilience. Pour gagner, il faut faire preuve de résilience. Dans ma philosophie, il n’y a pas d’échec, seulement du feed back pour une progression continue.
COMMENT TRANSFORMER L’ÉCHEC EN OPPORTUNITÉ DE PROGRESSION ?
Notre vision de l’échec est inhérente au système dans lequel on évolue : dès l’école, on appelle les erreurs des « fautes », mot culpabilisant. On valorise la réussite mais on stigmatise l’échec. Je ne dis pas qu’il ne faut pas de notes, mais il faut les lire comme un indicatif de progression et travailler son discours interne, se parler positivement : le cerveau ne comprend pas la négation.
QUEL EST CE “FLOW” QUE VOUS ESSAYEZ DE FAIRE ATTEINDRE AUX SPORTIFS ?
C’est l’équilibre entre une concentration optimale, une bonne utilisation de ses émotions et un engagement physique total. Ce «flow» permet à l’athlète d’être en pilotage automatique, dans une sensation de fluidité, de relâchement qui lui permet un traitement de l’information optimal.
BEAUCOUP D’ATHLÈTES PARLENT DE PRESSION AVANT UNE COMPÉTITION : QUELS OUTILS PROPOSEZ-VOUS POUR LA GÉRER ?
Je distingue le bon stress du mauvais stress : être stressé revient à mettre son cerveau en alerte, une bonne chose jusqu’à un certain point qui devient épuisant. On peut travailler là-dessus grâce à la cohérence cardiaque, l’hypnose, et, surtout, la focalisation sur l’instant présent.
ENFIN, SI VOUS DEVIEZ DONNER UN SEUL CONSEIL SIMPLE À TOUS LES SPORTIFS AMATEURS QUI VEULENT PROGRESSER DANS LEUR DISCIPLINE, QUEL SERAIT-IL ?
Viser son Ikigai : c’est un équilibre entre la performance, le bien-être et nos valeurs profondes sans oublier le plaisir de la pratique.















