Les grandes lignes
Bruno Surace
PAR HERMINE NAUDIN
MEXIQUE
« Décembre 2024 : mon premier combat à l’étranger, face à un adversaire du calibre de Jaime Munguia, quintuple champion du monde, devant 30 000 spectateurs à l’Estadio Caliente. J’étais l’outsider, il pensait trouver un faire-valoir pour finir l’année. Mais il a perdu chez lui, avant la limite, au sixième round. Et moi je suis passé de 54e à 4e mondial, décrochant le titre de «surprise de l’année» par Ring Magazine. »
PETITS BOULOTS
«On me demandait de choisir entre études et sport, mais j’ai toujours refusé. J’ai passé mon bac avec mention, puis obtenu deux masters de droit. Ensuite, la réalité m’a rattrapé : impossible de trouver un emploi compatible avec mes entraînement. J’ai donc enchaîné les petits boulots. Pour l’anecdote : au lendemain de mon premier titre européen face à l’Espagnol invaincu Jhon Jader Obregon, je vendais des chaussures ! Aujourd’hui je vis de mon sport. Pour un sport confidentiel comme la boxe, c’est un luxe rare.»
HÉRITAGE
« Je suis issu d'une famille de boxeurs. Mon père, passionné, le pratiquait déjà, et ma sœur est championne de taekwondo. Dès mes trois ans, il m’a mis des gants dans les mains plutôt qu’un ballon aux pieds. Pour lui, c’était une évidence de transmettre sa passion. À huit ans, je suis entré en compétition, et c’est là que j’ai attrapé le virus.»
CABREL
« Pour la revanche à Riyad, en mai 2025, j’ai choisi La Corrida comme musique d’entrée. Une ballade douce, un brin voyou, qui contrastait avec l’ambiance de revanche et de rédemption que mon adversaire avait installée. Ma boxe est celle du matador. Pas celle agressive que certains s’attendaient à voir. Le combat s’est terminé aux points, sans K.O. Trois semaines plus tard, on apprenait qu’il avait été testé positif aux stéroïdes. Frustrant, bien sûr, mais aussi encourageant : quelque part, cela prouve que nous sommes au même niveau.»
AMBASSADEUR
«En prenant la parole sur ma pratique, je veux gommer les clichés. Le boxeur n’est pas forcément violent avec un nez cassé. Il y a beaucoup de respect entre adversaires. La violence est domestiquée par la rigueur de notre sport. Mais les préjugés ont la vie dure, entretenus par le cinéma ou la littérature comme l’idée que les boxeurs ne seraient pas lettrés ou qu’une fille per- drait sa féminité en boxant. En réalité, beaucoup d’athlètes de haut niveau ont fait des études et mènent des doubles projets.»
CÉRÉBRAL
« Je ne suis pas un gros frappeur ni quelqu’un d’agressif. Ma boxe est défensive, tournée vers la contre-attaque. J’analyse, j’observe, je cherche les failles. C’est très tactique et complexe, comme une équation à résoudre, presque une chorégraphie : un ballet où il faut réaliser le geste parfait.»
MER
« Quand je ne boxe pas, je continue à m’entraîner et il m’arrive aussi de nager. Ces moments-là, je les passe au Cercle. C’est une bulle, un cocon. On peut couper avec l’extérieur. Et j’adore, en tant que Marseillais, être proche de la mer, prendre le temps de boire un café en la regardant, entre deux saisons.»















